Johnny

Johnny Hugues

Tu avais 17 ans…
Quand une corde de guitare cassée est devenue le fil d’amitié qui depuis nous a unis…
Nous nous sommes perdus… retrouvés…
Là c’est toi qui me laisse avec nos souvenirs, et qui ferme une page de ma vie…
Que tu sois l’étoile qui veille sur ta si belle et douce famille…

Salut l’ami.



Photo:
Copyright Rigaud/ droits réservés./ Olympia 64

header
Hugues Aufray n’a jamais chanté d’autobiographie, il n’a jamais peuplé ses chansons de son ego.
Mais il a voulu dessiner d’un seul trait le chemin parcouru, comme un autoportrait. Il a donc enregistré Troubador since 1948, album qui le raconte mieux que ne le ferait la meilleure compilation, album qui lui ressemble plus qu’aucune confession.

Troubador since 1948 ?
Pour les livres d’histoire de la chanson, la carrière d’Hugues Aufray débute en 1958 dans un studio des disques Barclay.
En vérité, tout commence dix ans plus tôt, rue du Bac, à Paris. Hugues est venu là avec son frère aîné pour passer une audition.
Ils sont français, arrivent d’Espagne et postulent pour une tournée au Mexique.
L’homme qui les reçoit et qui explique à Hugues qu’il n’est pas doué pour ce métier est membre du quatuor vocal des Quatre Barbus, mais il est aussi photographe et prend un cliché de lui – sa première photo de chanteur.
Et ajoutons que ce même jour, à cette même audition, il rencontre une jeune danseuse qu’il épousera trois ans plus tard…
La vie d’Hugues Aufray est toujours cet emmêlement de fils qui se nouent et dénouent, semblent s’enchevêtrer pour soudain se simplifier en une seule ligne limpide et droite.
Et c’est comme ça depuis 1948. « J’ai voulu écrire since 1948 dans le titre de l’album parce que je revendique avoir américanisé mon répertoire parce j’y trouvais ainsi davantage de possibilités de m’exprimer en français.
Et Troubador n’est pas une faute d’orthographe. C’est un mot proche du mot occitan originel et que l’on trouve sur des disques américains – chez JJ Cale, chez Johnny Cash, chez Willie Nelson… »
Il a donc voulu un disque de standards et de chansons moins connues qui racontent son travail d’importateur : « Du nord-américain, du brésilien, du mexicain, de l’espagnol… Je suis un passeur, j’ai toujours rapporté des chansons de mes voyages. C’est pourquoi j’ai demandé à Brad Cole que chaque arrangement corresponde à la musique qui m’a inspiré. »

Le répertoire est étourdissant et le casting donne le tournis : Françoise Hardy pour le romantisme sixties de Quand j’entends siffler le train, Jimmy Breaux de BeauSoleil à l’accordéon pour les couleurs cajuns de La Vie comme telle,
l’étourdissante violoniste Sarah Watkins de Nickel Creek et Herb Pedersen et Pat Sauber de Loafer’s Glory aux guitares et banjo pour faire partir Santiano en bluegrass, Alvin Chea de Take 6 pour emmener les choeurs soul-jazz d’On est les rois,
l’accordéon tex-mex de David Hidalgo de Los Lobos pour Dès que le printemps revient…
Et puis John McFee des Doobie Brothers, venu au studio à Los Angeles avec des dizaines de guitares de tous types et de tous genres,
le Français d’Amérique Freddy Koella (Bob Dylan, Lhasa de Sela, Willy DeVille, Francis Cabrel, Doctor John, Carla Bruni ou Dick Annegarn à son CV),
et çà et là des aventuriers de la musique comme Alec Mansion (ex-Léopold Nord & Vous), le contrebassiste Sebastian Steinberg (ex-Soul Coughing) ou l’harmoniciste Charlie McCoy (le seul musicien à avoir joué avec Elvis Presley, Bob Dylan et Yvette Horner)…
Mais on ne cède pas à Troubador since 1948 uniquement parce des chansons superbes sont défendues par des interprètes d’exception. Imperceptiblement, irrésistiblement, on se prend à chanter. Depuis des décennies, Hugues Aufray nous donne des chansons que l’on a l’impression d’avoir toujours chantées – « Je suis entré dans la mémoire de beaucoup de gens par les colonies de vacances plus que par les médias », dit-il sans se rengorger. Car il est le seul artiste en France à être devenu star parce que tout le monde le chantait. Et pourquoi lui ? « Pendant les trois années que j’ai passées en Espagne, à l’adolescence, j’ai découvert des paysans ou des ouvriers qui sortaient leur guitare dans le train et se mettaient à chanter avec tous les voyageurs du wagon, des pèlerinages où tout le monde chantait tout le long du chemin pendant des kilomètres… J’ai découvert un chant collectif. »
Eh oui : ses chansons sont là pour être partagées. « Je ne suis pas passé devant l’Olympia à l’âge de douze ans en me disant : « Un jour mon nom sera écrit sur la façade ». Je n’avais pas envie de monter sur scène pour jouer la comédie dans mes chansons. La théâtralité m’a toujours gêné. Je préfère exprimer quelque chose de collectif. » Et c’est pourquoi on partage si bien ses chansons, même s’il est seul au micro.
Dans les années 60, il avait écrit avec Vline Buggy les paroles d’une adaptation d’un folk américain dont Johnny Hallyday a fait un de ses hymnes personnels, Les Portes du pénitencier : « J’avais choisi le mot de pénitencier pour indiquer qu’il ne s’agissait pas d’un criminel endurci mais d’un jeune délinquant. L’interprétation de Johnny est tellement historique que je me suis réapproprié la chanson : je lui donne une dimension collective en ajoutant à la fin une sorte de prière à un Dieu qui ressemble au Dieu de Brassens, une prière pour tous les gamins des pénitenciers. »
Changer les paroles d’un classique ? Bien sûr ! « Je laisse s’exprimer mon tempérament de folkloriste : les chansons se façonnent avec le temps, exactement comme les galets du torrent qui ne sont ronds et doux que parce qu’ils sont bousculés par l’eau pendant des années et des années. Pourquoi ne pas changer un mot, un vers, un couplet ? » Et il fait entendre aussi L’Hôtel du soleil levant, autre texte français plus conforme à l’original House of the Rising Sun – exactement comme dans le folk américain ou la tradition française qui permet à une mélodie d’avoir plusieurs vies.
Quant à lui, il ne regrette pas d’avoir louvoyé avant de devenir chanteur à plein temps. En 1948, après l’audition ratée, il a commencé à chanter dans les cabarets parisiens. Des chansons d’importation, déjà, toutes en espagnol. « Mon père faisait de l’import-export entre l’Espagne et la France. Il voulait que je travaille avec lui et j’ai fini par accepter. Pendant un an, j’ai reçu des commandes de sociétés françaises implantées en Afrique qui achetaient de la morue salée de Mauritanie à des consortiums de pèche canariens. Mais j’étais trop mauvais en calcul. » Il est retourné à l’importation de chansons. On ne s’en plaindra pas.